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La fin d’un jour de septembre sur la terre de Gabrielle Coulombe, 
joliment baptisée Aux Monts Fleuris.

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Gabrielle Coulombe


Floricultrice, Aux monts fleuris

L’effleurement des corolles bruissant doucement dans le vent, les volées d’oiseaux regagnant leurs perchoirs nocturnes dans la canopée des grands arbres bordant le champ doré, sur lequel le soleil projette son ultime lumière, la plus chaude, la plus ambrée… La fin d’un jour de septembre sur la terre de Gabrielle Coulombe, joliment baptisée Aux Monts Fleuris. L’heure y est à la célébration. Pas celle d’un anniversaire, mais celle d’une saison. Une saison à puiser en soi, autant que dans la nature féconde du sol. Une année de floraisons.

Dans son regard souverain aux tons de miel, alors qu’elle pose pour notre ­objectif à l’ombre des cosmos, on ­mesure la force déployée tout l’été… La volonté d’un soleil en lion! La puissance même du féminin sacré... Puis agenouillée ­parmi les tournesols dont les tiges larges s’élèvent avec la fierté d’une cathédrale, elle ondoie avec eux, souple, résiliante… Elle vibre de gratitude envers l’abondance de la saison. Gabrielle ­célèbre les cycles horticoles comme elle célèbre ceux de la vie, en empruntant le langage ancien et intérieur du rituel. Là un autel de fleurs, là la fumée de sauge blanche s’élevant dans le crépuscule, et un feu de joie, et du recueillement, et du partage… Pas étonnant qu’on lui dise si souvent que sa terre a une âme! Elle l’entretient, elle l’honore, elle la nourrit. 

Au-delà des fertilisants naturels (merci les chèvres!), ici c’est l’énergie qui ­alimente le sol. L’énergie créatrice de ce rêve fleuri, fondé sur l’envie irrépressible de jouer dehors, de prendre soin du vivant et de se sortir d’une vie derrière l’écran. Élan auquel s’ajoute le désir de se replonger dans la connaissance des plantes et des gestes horticoles transmis par son papa, emporté par un cancer fulgurant. L’amour de Charlevoix aussi, ça venait de lui et des expéditions de pêche en famille! Il veille certainement sur la ferme florale implantée par sa fille à Notre-Dame-des-Monts: tantôt par le Vivaldi qui accompagne la croissance des semis, tantôt par la présence d’une part de ses cendres auprès des carrés fleuris…

Il y a là l’énergie féconde du passage à l’acte aussi. Parce qu’au-delà du beau rêve d’un champ alourdi de fleurs, des robes longues portées à travers les rangs de dahlias, il y en a de la suée mêlée de larmes quand, à la force de ses bras tremblants sous l'effort, on bêche et retourne le sol d’une terre laissée en friche trop longtemps.

Les fleurs pour se relier à soi, à l'autre et au vivant.

Gabrielle en a connu des levers à pas d’heures, des retours au champ munie d’une lampe frontale après avoir couché le petit, des moments de doutes et de questionnements, à frotter la terre qui tachait sa peau d’une façon qu’on aurait dit irrémédiable. Et pourtant elle a porté son rêve, le défendant par ses mots (elle qui les manie bien d’ailleurs, en tant qu’autrice du recueil « Simone et tous les autres ») notamment lors du concours de la relève agricole Louis Hébert, qu’elle a remporté en 2024.

Le soleil termine sa course derrière la Noyée. D’ici, la silhouette féminine formée par les monts de l’arrière-pays semble avoir posé sa couche à la lisière de la terre que fleurit Gabrielle.  Un bon augure peut-être? La présence du divin féminin; avec son énergie féconde, créatrice, nourricière, à trouver en soi comme en toute chose… Alors que le ciel gagne en bleu obscur, l’air comme le sol se refroidissent. On sent l’automne déjà. Il y a urgence de récolter les derniers glaïeuls, ils ne passeront peut-être pas la nuit. Même après la séance photo, le labeur attend Gabrielle. Mère monoparentale, nouvellement femme entrepreneure, d’autant plus en agriculture: on la sait fatiguée. D’ailleurs elle ne s’en cache pas. Elle ne se cache de rien. Avec elle, on rit comme on pleure. On sacre comme on bénit. Elle est d’une authenticité sans masque. C’est pleinement elle qu’on voit sur les photos. La petite fille qui gambade. L’amante, qu’on devine dans l’ourlé de sa lèvre. La douce amie qui offre son amour véritable et profond dans le naturel d’une étreinte, dans une tasse chaude de tisane aux fleurs séchées récoltées de sa main.

Le jour devient la nuit, l’été devient l’automne; les saisons changent, le monde tourne. Gabrielle a choisi d’embrasser ce mouvement, de vivre avec lui, y semant une poésie florale de célosies et de mufliers. Émouvante par l’improbable beauté de ses pieds nus sur le sol devenu glacé, de son visage sous une pluie de tisons…
 

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Texte
Camille Dufour Truchon
Photos
Patrice Gagnon
Aux Monts Fleuris - Ferme florale locale et écoresponsable

Culture à échelle humaine, 
suivant le rythme des saisons, naturellement,
sans pesticides ni engrais chimiques.

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Des activités pour se relier à soi, 
à l'autre et au vivant.

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