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L’ART de la re-connexion

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Pour se connecter à l’art actuel, nous pourrions: faire la visite virtuelle d’une institution muséale contemporaine, consulter google sur les grands thèmes de l’art qui se fait aujourd’hui et maintenant, se brancher au live Facebook d’un artiste en pleine performance, suivre un séminaire à distance, texter notre ami en histoire de l’art, écouter un podcast dans le transport en commun ce soir ou encore demander à Siri… Mais pourquoi ne pas s’y connecter réellement? Rencontrer, voir, toucher, parler et ensemble se demander ce que l’omniprésence des technologies a fait de nos vies… C’était la proposition du 40ième Symposium d’Art contemporain de Baie-Saint-Paul.

(re) CONNEXION

nom féminin

Depuis 1982, année de la fondation du symposium, les inventions technologiques se succèdent laissant une après l’autre leurs traces indélébiles sur la société. D’ailleurs cette année là, déjà, le « Time » magazine choisissait de nommer l’ordinateur "homme de l’année"! Premier CD, lancement du Macintosh, première imprimante laser, carte à puce, microprocesseur, apparition de Windows, du GPS et de la couverture par réseau de satellites, Sega et autres consoles de jeu, appareil photo numérique, téléphone mobile, internet et moteurs de recherche, animation par images de synthèse, DVD, écran plasma, MP3, Blackberry, e-mail, Myspace, Facebook, YouTube et aujourd’hui le métavers: en 40 ans, définitivement, notre monde, même dans ses gestes les plus quotidiens, a été métamorphosé par les technologies en constante évolution! Non sans questionnements... Et voilà que questionner, par proposition d’un regard, est une des spécialités des artistes contemporains! Face à un monde hyper-connecté, 13 artistes du Québec, du Canada et d’ailleurs dans le monde, ont établie leur quartier général dans une ancienne école devenue pavillon muséal, ici à Baie-Saint-Paul. Matériel technologique en poche pour certains, médiums plus classiques pour d’autres, l’oeil aiguisé, ils se sont tous penchés sur le thème « Connecté-Interconnecté : le monde numérique en question », nous invitant à aller physiquement à leur rencontre, dans le monde très concret de leurs ateliers, le temps du Symposium d’art contemporain de BSP. Tout ceci sous la direction artistique d’Anne Beauchemin, historienne de l’art, chargée de cours à l’Université Laval et commissaire indépendante ainsi que sous la présidence d’honneur d’un des pionniers des arts numériques au Québec, l’artiste Luc Courchesne.

En l’attente de la 41ième édition du symposium dont le thème déjà annoncé sera « Qui est « je »? Qui est « nous »? », on s’offre une rencontre intime en image et en mots avec le travail de chacun des 13 artistes ayant exploré la question de la connexion cette année, au cours de cet événement annuel attendu et reconnu présenté par le Musée d’Art Contemporain de Baie-Saint-Paul.

 

 

Irene Anton

(Berlin)

Designer industrielle, de mode et de textiles, doublée d’une artiste spécialisée dans l’art public, Irene Anton questionne les conséquences de la mondialisation, notamment la « fast-fashion » incitant à une surconsommation au détriment des droits humains des travailleurs… Avec des bas-collants usagés, elle forme des structures s’apparentant à celle du cerveau humain et évoquant les connexions et systèmes de l’internet et des réseaux sociaux. Saurons-nous en faire ressortir le meilleur (ouverture, rencontre, empathie) ou le pire (cyber-crime, intimidation et luttes de pouvoir)? Irene a conçue, en août, une installation-réseau entre les murs du local du Pavillon Jacques Saint-Gelais Tremblay devenu son atelier Baie-Saint-Paulois.

 

 

Michel Boulanger

(Montréal et L’Islet)

Formé au Bac et à la maîtrise en arts plastique, Michel Boulanger démarre sa carrière artistique en 1985 avec comme premier événement sa participation à la version primaire du symposium à baie-Saint-Paul: le Symposium de la jeune peinture au Canada. Il enseigne et pratique depuis les arts, en se concentrant sur les questions du paysage, de l’industrialisation et du réel. Dans sa pratique il utilise le dessin, s’affirmant comme un art autonome, et se déclinant de façon élargie, jusque dans ses sculptures et installations qui concrétisent dans l’espace réel des espèces de modélisations 3D. Dans son atelier désigné du Musée d’art Contemporain de Baie-Saint-Paul, il a ainsi construit à l’aide de branches une forme semblant tout droit sortir d’un logiciel de dessin mécanique industriel, avec commes objectif d’établir une tension entre l’organique et le numérique.

 

 

Marilyne Busque-Dubois

(Baie-Saint-Paul)

Poète, autrice et artiste visuelle utilisant l’estampe et les installations, Marilyne Busque-Dubois a les mots comme principal médium et ceux-ci se retrouvent dans toutes ses créations. De même que le rapport à la nature, au territoire et à l’environnement. Cofondatrice du Centre de production en art actuel Les Ateliers et résidente de Baie-Saint-Paul, Marilyne a établie son atelier le temps du symposium dans « la glacière » un bâtiment au coeur du jardin de sculptures du Domaine Forget de Charlevoix, dans le cadre d’un nouveau partenariat entre cette institution et le symposium. Des photos, des témoignages, des haïkus, une structure couverte d’une pièce de tissu et des cailloux constitues une installation exprimant l’interconnexion entre la nature sauvage et les sentiments intimes.

 

 

 

Serge Clément

(Montréal)

Photographie; tu te fais tantôt poétique, tantôt questionnante, recherchée, déroutante à travers l’oeil de Serge Clément. Sous de multiple formes (installations, documentaire, récit ou essai) l’art photographique de cet artiste installé à Montréal a voyagé de la France à Hong Kong avant de se poser à Baie-Saint-Paul, l’été dernier, le temps du Symposium. Approfondir la notion de réseaux, d’urbanité, creuser la mémoire cinématographique et les codes du cinéma, comparer l’image argentique à celle numérique: voilà les points soulevés par le travail de Serge Clément « Écrans & Réseaux 2.0 » présenté dans son local du Pavillon Jacques Saint-Gelais Tremblay.

 

 

Hédy Gobaa

(Montréal)

Tunisien, ayant grandi et été formé en France, Hédy a exposé et travailler dans ces deux pays avant de poser ses valises et ses pinceaux à Montréal, il y a près de dix ans. Il y a depuis obtenu un Doctorat en pratique des arts à L’UQAM. Peintre, ses tableaux offrent une vision sur le contexte politique et sociétaire opposant orient et occident. Pour le projet réalisé au Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, Hédy Gobaa crée par ordinateur des montages photographiques d’éléments du Québec et de la Tunisie, assemblés, qu’il projette ensuite sur la toile pour créer des images hyper-réalistes aux paysages et références hybrides. Un discours sur la mondialisation, l’immigration et la difficulté actuelle de voir un lieu (de naissance, d’adoption, ou simplement lors de voyage) pour ce qu’il est intrinsèquement, sans y apposer notre culture, notre vision, tel un filtre déformant qui gomme ou superpose des éléments.

 

 

Sébastien Lafleur

(Montréal)

Artiste multidisciplinaire, Sébastien Lafleur met en interaction une variété de techniques et de matériaux, tantôt organiques, tantôt numériques, créant ainsi des installations immersives.  Intéressé par les impacts du virtuel et de l’application de la domotique (maison intelligente, commande à distance, etc.) sur le monde réel et naturel. À la fois esthétiques et expérimentaux, les espaces que Sébastien nous proposent d’habiter et explorer sont composés de sculptures, installations vidéos, éclairages, dessins, ambiances sonores, commandés et modifiés par des capteurs tactiles et de mouvements. Ainsi, les visiteurs pénétrant dans son atelier du pavillon Jacques Saint-Gelais Tremblay ont pu, par leur présence et leur gestes, intervenir sur l’oeuvre de l’artiste en temps réel sous leurs yeux.

 

 

Chantal Lagacé

(Sherbrooke)

Avec 35 ans de pratique artistique, Chantal Lagacé compte dans son parcours de nombreuses expositions tant au Québec qu’en France, des oeuvres d’art publiques (politique d’intégration des arts à l’architecture), une forte implication dans son milieu culturel et même la fondation d’un collectif et d’un centre d’artistes. Avec la minutie et la patience du paléontologue ou de l’archiviste, Chantal a réalisé à Baie-Saint-Paul une installation reconstituant, à l’aide de cartes et de photographies aériennes, la ville elle-même, ses rues, ses bâtiments, ses fils et ses câbles… Elle met ainsi en lumières les réseaux propres au lieu du Symposium. L’oeuvre Plan Ligne Point abonde ainsi dans la même direction de pensée que l’ensemble de son travail: les objets, les bâtiments ou la ville comme témoins d’une identité, d’une mémoire, d’une époque, d’une culture, d’une classe sociale et économique, d’une transformation numérique et technologique…

 

 

Sylvie Laplante

(Montréal)

Le travail de Sylvie Laplante prend d’abord racine dans une formation en design et en théâtre avant de se tourner vers les arts visuels et technologiques, une pratique l’ayant amenée à faire voyager son travail de la Suisse, à l’Espagne, en passant par l’Allemagne… Elle complète actuellement une maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQAM. Artistes pluridisciplinaire, Sylvie nous amène avec elle dans ses trajets et promenades via ses oeuvres sonores, vidéo, photographiques, peintes ou cartographiques. Elle s’intéresse particulièrement au médium du son, son pouvoir d’évocation, les récits qu’il évoque et sa présence omniprésente dans la ville et les milieux naturels pour le marcheurs qui tend l’oreille. Dans son atelier du Symposium, elle crée et diffuse des bandes sonores recueillies à différents points géographiques de la ville. Par sa façon de les assembler et de les moduler, elle veut que le visiteur expérimente un récit sonore et transmette ce qu’il a ainsi imaginé, ressentie…

 

 

 

Patricia Lortie

(Calgary)

Québécoise (Arvida) ayant étudié le design industriel et l’administration des affaires, Patricia fait prendre un grand virage à sa vie en 1995 alors qu’elle s’installe à Calgary et s’inscrit à l’Université des arts. Elle est aujourd’hui une importante figure en tant que femme artiste dans l’ouest canadien. Certainement inspirée par le territoire plus grand que nature de cette région, elle s’intéresse à la relation symbiotique de l’humain avec le monde naturel. Malgré notre tendance comme société à mettre de côté cette connexion avec notre environnement, Patricia est convaincu que ce qui rassemble ultimement tous les humains est notre appartenance et dépendance au monde naturel. Voici ce qu’elle nous rappelait lors de son passage à Baie-Saint-Paul avec une installation où elle a sculpté du carton recyclé ondulé de sorte à lui redonner son apparence d’arbres, des sculptures qu’elle associe à une projection vidéo. Nous y sommes ainsi invités à faire un câlin aux « arbres » et à se reconnecter à la nature tout en étant amenés à questionner notre rapport à la surconsommation et à son impact sur les forêts.

 

 

Carolyne Scenna

(Montréal)

Artiste actuelle montréalaise en arts visuels et médiatiques diplômée, active et largement exposée, Carolyne Scenna est sensible aux questions de l’hyperconnection et de la révolution numérique de notre époque. Avec ses oeuvres flirtant à la limite entre le quotidien et l’étrange, elle propose une démarche poétique et documentaire, dont les sens multiples laissent place à l’interprétation. Lors de son passage au Symposium en août, Carolyne a réalisé devant le public des vidéos en stop-motion, dans son mini-studio, faisant écho aux vidéos « ASMR » populaires actuellement sur le web. D’immenses mains en papier mâché écrasant des pêches biens mûres par exemple. Une démonstration ayant pour seule utilitée le plaisir des sens… Ces scènes s’assemblent ainsi avec des animations expérimentales numériques pour créer un vidéo déroutant et ludique qui s’inscrit dans la démarche et l’esthétique de l’artiste.

 

 

Oli Sorenson

(Montréal)

Natif de Los Angeles, l’artiste aujourd’hui établi à Montréal a d’abord été reconnu à Londres où il a participé à de nombreux événements d’art numérique, puis en Allemagne, en Finlande, en suisse et en Slovénie. Utilisant de nombreux supports et médiums artistiques, incluant les NFT, Oli Sorenson multiplie aussi les influences. C’est qu’à la manière du DJ qui remixe les bandes sonores, celui-ci définit sa pratique comme un « art du remix », reprenant ainsi le vocabulaire artistique d’autres artistes de réputation internationale et les actualisant dans ses oeuvres par de nouveaux sujets ou médiums. C’est sous le nom de « Nuage » ou « Cloud », en référence à l’espace de stockage numérique que nous connaissons tous, que l’oeuvre de Sorenson réalisée au symposium établie d’emblée sa position par rapport aux objets d’art virtuels, qui comme le « Cloud », se veulent irréels et intangibles, mais ont tout de même un impact concret, environnemental et financier par exemple. Des acryliques autant que des NFT présentant une suite d’icônes, d’aspect pixelisé et en des coloris fluos, se juxtaposant les uns aux autres composent le visuel de l’oeuvre finale.

 

 

SYLLAD

Sylvie Rochette Et Ladislas Kadyszewski

(Sherbrooke)

Sculpteure formée à Concordia figurant au Dictionnaire historique de la sculpture québécoise au XXe siècle et français établie au Québec depuis 1992 puis formé en photographie: Sylvie et Ladislas forme le duo SYLLAD depuis 20 ans avec comme vecteur commun le sujet de l’arbre. L’arbre en tant que figure ultime de connexion à la terre, interconnexion avec les autres organismes vivants et équilibre, selon la théorique de Michel Leboeuf, scientifique vulgarisateur… En comparaison à la figure de l’arbre, il impose en tant qu’humain de se demander: « sommes-nous allés trop loin avec les technologies? » Et « les avons-nous laissées nous fragiliser? » Avec le volet Baie-Saint-Paul de l’oeuvre TRANS-HUMANCE, les deux artistes poursuivent ce questionnement avec la prémice: si les arbres nous observent et se disent : « Pauvres humains… ils sont complètement déconnectés ! » Sculptures en branches d’arbre recueillies in situ reliées par de la fibre optique, ainsi qu’action citoyenne pour identifier des arbres signifiants dans la ville, composent cette oeuvre.

 

 

Vasilis Vasili

(Nouvelle-Écosse)

Originaire d’Albanie et ayant fait ses classes à Athènes, Vasilis s’installera d’abord aux États-Unis puis au Canada. Conférencier, sculpteur, son travail est connu et exposé en Europe, en Amérique autant qu’en Asie. Les sculptures de pierre géométriques et modernes de celui-ci ne sont pourtant pas dénuées d’émotions, au contraire… À travers les formes et les perspectives, il aborde les concepts de la restriction, la contrainte, la fuite, l’esquive, la séparation. Il travaille souvent le thème de la peur. C’est ce même thème qu’il explore à Baie-Saint-Paul à travers les formes de ses oeuvres sculpturales évoquant la transition de la tour de guet ancienne jusqu’à l’actuelle caméra de surveillance; quand la peur amène à se protéger d’une façon si intrusive qu’elle en devient agressive. Face à ces caméras numériques nous traquant partout, le thème du symposium de cette année appelle à un sous thème: « Et le droit à la déconnection lui? »

Le travail de recherche et de questionnement des artistes présents à la 40e édition du Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, aura permis découvertes, rencontres, connexion, mais aussi re-connexion à notre esprit critique fasse au passage numérique de plus en plus d’aspect de nos vies, et c’est là le plus beau rôle de l’art contemporain:

Provocateur, questionnant, observateur, secouant les idées et le statu quo!

Texte
Camille Dufour Truchon
Photos
Patrice Gagnon

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